L’anthropocène, un terme a contextualiser

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L’anthropocène, avec ou sans verre qui fait des bulles


 … et un terme a contextualiser

L’astéroïde du Yucatán, pour situer le cadre


La chute de l’astéroïde du Yucatán, se voit souvent attribué la cause de la disparition des dinosaures. Cet événement, après lequel les dinosaures ont presque entièrement disparu (les oiseaux ont put s’en sortir, même s’ils sont maintenant différents de leurs lointains ancêtres) a marqué la fin de la période du Mésozoïque et la fin de l’ère du Crétacé et la fin de l’ère Secondaire (le Crétacé est inclus dans le Secondaire, mais est apparemment aussi appelé une ère, ce qui n’aide pas à suivre). L’astéroïde du Yucatán, contenait de l’iridium, un métal (dont certains isotopes sont radioactifs). L’iridium est naturellement extrêmement rare sur Terre, alors cet apport ne passe pas inaperçu dans les couches géologiques où il s’est déposé. Ce dépôt a eu lieu dans environ la même longue période de temps (le temps de se déposer), partout dans le monde. Ce dépôt partout dans le monde en gros au même moment (à l’échelle des temps géologiques), en a fait un marqueur lisible de cette période, ou non‑seulement une période se terminait, mais aussi une ère de grande envergure, le Secondaire.

Les notion d’ère, de période, etc, ne sont pas tant simplissimes


Mais que désigne‑t‑on par là (la simultanéité, à l’échelle du temps géologique, de la chute d’une météorite et de la disparition des dinosaures) ? La chute d’une météorite de grande taille ou la disparition des dinosaures (et d’autres espèces vivant alors sur Terre) ? Depuis les années 1990, les chercheurs on acquis la certitude que la collision entre la Terre et cet astéroïde, ne peut pas suffire à expliquer la disparition des dinosaures, dont la cause serait plutôt un point chaud apparu dans l’actuel Sibérie ou environ. Ce point chaud n’est plus actif à notre époque, ne présente plus vraiment de risques. Un point chaud, c’est bien plus qu’un volcan, c’est une immense bulle de magma, à l’échelle d’un grand pays ou d’un petit continent, qui arrive à se frayer un chemin jusqu’à tout juste sous la surface de la Terre. Le résultat est une collection d’éruptions volcaniques avec d’importants débits de matériaux, solides et gazeux, pendant une durée qui se mesure en millions d’années. Les quantités de matière et la durée, dépasse de loin l’événement qu’est la collision entre la Terre est un grand astéroïde, même celui du Yucatán. Je ne sais pas s’il existe des marqueurs géologiques satisfaisant les critères, pour le point chaud, étant donné qu’il y a toujours eu des irruptions volcaniques, en oubliant pas que les marqueurs des périodes ou des ères, doivent apparemment laisser une marque globale sur la Terre entière, environ au même moment géologique, alors que un point chaud laisse des traces authentifiables comme provenant de lui, mais elles sont locales, par exemple sous la forme d’une longue archipel s’étendant des plus anciennes îles au plus nouvelles.

Même si la définition de ce qui qualifie ou disqualifie un candidat comme marqueur d’une ère géologique, est compréhensible, rien que ce petit rappel, fait se demander si cette définition est vraiment pertinente ; mais cette mise en question n’est que personnelle, sans savoir si elle est partagée chez les scientifiques ou pas.

On cherche un marqueur qui répond à des critères, dont on peut, si on adhère au raisonnement précédent, douter de la pertinence dans tous les cas, mais ce n’est pas ce qui interroge le plus. Ce marqueur désigne un ou des changements importants dans la vie sur Terre, sans nécessairement en être la cause essentielle, en étant peut‑être seulement corrélé ou peut‑être même pas, parce que ça pourrait autant être une coïncidence (à moins que la chute de la météorite n’ait favorisé la remonté de la bulle de magma qui est devenue un point chaud en Sibérie ou environ). Ce paragraphe et le précédent peuvent contenir quelques erreurs dans les détails.

Mais au moins, ça se discute en termes scientifiques. Avec l’anthropocène, ça se complique, parce que ça peut vite ramener à la politique. Le problème n’est pas tellement dans le caractère politique de certaines pensées, mais plutôt dans le dogmatisme de ces pensées politiques et le comportement communicationnel qui va avec le dogmatisme. C’est justement le problème qui se pose avec la notion d’anthropocène.

Maintenant, l’anthropocène


Avec l’anthropocène, on sait ce qu’on désigne : les modifications, presque toujours dans une mauvaise direction, d’une environnement naturel (l’environnement humain, c’est une autre question) qui semblait jusque là, assez stable et assez favorable, même si la nature a souvent été difficile pour les humains. Que l’on pense que ce qui est désigné, est pertinent ou pas, la question du marqueur se pose, parce qu’une nouvelle ère, ne se proclame pas comme ça, il faut associer un événement à un marqueur géologique (si on trouve que le cadre n’est pas correcte, il faut tout réformer, et ce serait encore autre chose), et autant que possible, un consensus scientifique, sans que les idéologies ne s’en mêlent, excepté l’éthique élémentaire. Avec l’anthropocène, le terme a été « défini » de fait par son usage informel et public, sans définition formelle, par les grands médias et quelques sphères d’influences. Ça ne signifie pas que le terme ça n’a pas de sens, mais quand le sens peut varier, la communication se compliquer, à moins que « on » ne s’en préoccupe pas et que « on » ne cherche qu’à marteler sans savoir si on est compris ou pas les gens autres que ceux de son groupe d’influence (et il n’est pas obligatoire de faire parti d’un groupe d’influence). Ceci peut amener à la question de l’utilité du terme, qui sera abordée à la fin.

Le groupe de travail sur l’anthropocène


Paul Crutzen, qui a eu un prix Nobel de chimie, a composé pour la première fois en 1995, le terme anthropocène, comme un néologisme. C’était une vu de l’esprit, il n’est pas géologue, mais pas stupide pour autant, le concept faisant sens immédiatement, surtout à notre époque toute actuelle. En 2008, il parvint à convaincre de créer un groupe de travail sur l’anthropocène, dans le cadre de la commission internationale de stratigraphie. La page du site stratigraphy.org, qui annonçait la création de ce groupe, a aujourd’hui disparu, ce qui peut être interprété, mais pas nécessairement ; par exemple, un standard technique important, peut voir la page qui le définissait, disparaître ou disparaître seulement pour le grand public, pour une raison diverse, pas toujours un abandon. Le groupe fut constitué avec douze équipes de chercheurs, étudiant chacun une région du monde.

Philip Gibbard, géologue et secrétaire général de la commission internationale de stratigraphie, participant ou ex-participant au groupe de travail sur l’anthropocène, a voulu en démissionner (mais en a été dissuadé, sans donner les détails), parce qu’il considérait que le terme avait été déjà trop mondialement et médiatiquement, utilisé, avant même d’avoir été défini formellement. Il considère que trop de membres du groupe de travail, ont plus un objectif politique que scientifique, et que ça a tout brouillé.

Pour Colin Waters, géologue et président du groupe de travail sur l’anthropocène, l’accusation d’intention politique, est une accusation infondée, et il préférerait des critiques sur les données. Ce que je répondrais : la critique sur les données, il n’y en a qu’une, qui est que apparemment, pour le moment, aucun des marqueurs envisagés ne remplit les critères et on ne peut pas contester que le terme a connu un usage important, alors qu’il n’était même pas défini, sans pouvoir dire qui en est la cause. Philip Gibbard met en cause la communication de certains membres du groupe de travail, mais sans donner de détails. On peut aussi s’étonner de faire les choses dans le sens opposé de celui attendu : avec la disparition des dinosaures, ont a découvert un marqueur distinct des autres, on s’est demandé ce qu’il signifiait et on y a associé un événement. Avec l’anthropocène, on pose un constat sur l’époque contemporaine, on peut par vu de l’esprit, y associer une ère, par analogie, puis certain‑es se disent que ce serait génial de trouver un marqueur pour ce constat, pour faire rentrer une notion qui est une vu de l’esprit, dans un cadre qui est assez différent mais qui pourrait aider à l’installer. C’est déjà un peu suspect et ça sens le bricolage, dans un autre domaine favoris des médias, la justice, c’est comme chercher une preuve d’une accusation que « on » a de toutes manières décidé de faire, preuve ou pas preuve (essayer de se vêtir d’une paire de chaussures pas à sa taille, et sûrement déjà moins malhonnête). Ça ne signifie pas que l’anthropocène n’est pas pertinent, comme vision des choses, ça signifie seulement seulement qu’on cherche à faire rentrer une chose dans un cadre qui n’est pas celui d’origine du sujet et que en plus, la démarche peut être vue comme suspecte par ses objectifs.

Pour Simon Turner, géologue et coordinateur du groupe de travail sur l’anthropocène, tout est politique dans les activités du groupe, les sites d’études étant choisis au motif de certains changements politiques importants qu’ils ont connu au cours du dernier siècle, des sites dans des pays Occidentaux, tandis que, d’après lui, l’Afrique, l’Amérique du Sud ou la Russie, ne semblent pas intéresser les chercheur‑ses du groupe de travail, pas plus que des chercheur‑ses de ces pays ne font parti du groupe (à vérifier quand‑même, comme ça a put changer avec le temps et au moins un site en Chine, a été le sujet d’une étude).

En parlant de l’Afrique, c’est pourtant depuis le Cap en Afrique du sud, que en 2016, des chercheur‑ses du groupe de travail, ont pressé l’union internationale de géologie, à reconnaître l’anthropocène comme une ère géologique, au motif que les conséquences du changement climatique se font déjà trop sentir sur un continent déjà pauvre, où la vie est déjà plus difficile que dans les pays riches en moyenne. Mais quel est le rapport entre reconnaître une urgence environnementale et reconnaître une ère nommée anthropocène, alors que aucun marqueur permettant de reconnaître cette ère pour les géologues, n’a encore été trouvé, alors que ce marqueur est nécessaire pour définir cette ère ? Il y a de quoi suspecter qu’il est espéré que la reconnaissance de la notion dans un cadre scientifiquement coloré, fera reconnaître une chose que tout le monde connaît déjà … heu … le problème est plutôt que personne ou presque ne fait rien.

L’utilité de faire reconnaître cette ère par la communauté géologique


Si l’idée est que de faire reconnaître une nouvelle ère, aidera à faire prendre conscience des importantes modifications de l’environnement naturel actuel — des modifications qui vont en s’accélérant, peut‑être, au moins en s’aggravant —, c’est probablement inutile, parce que qui n’a jamais entendu parler de déforestation, désertification, pollution, réduction inquiétante des populations d’animaux, plantes, insectes, oiseaux, etc, de canicule, de réchauffement climatique, de disparition de la neige en hiver, d’augmentation de la fréquence des sécheresses, d’artificialisation des sols et la liste complète serait longue ?

Tout le monde en a entendu parler, tous les médias en parlent, beaucoup de gens en parlent sur les réseaux sociaux, mais quand il s’agit de politique, la priorité n’est plus là, elle est au pouvoir d’achat, à la vindicte contre les immigrés (de chez les autres, les nôtres étant appelés des expatriés), contre les pauvres, à promette d’avoir plus en payant moins, en tous cas, pas à changer de mode de vie. Sur ce dernier point, si, peut‑être que quelques partis qui font un dixième de pourcent aux élections, proposent de changer de mode de vie, mais trop ne sont pas crédibles, parce que embourbés dans des auto‑contradictions, ce qui n’est pas le sujet, mais pourrait être un sujet, mais qui ne servirait à rien ; d’autres gens, plus impliqués et tout autant minoritaires, évitent de perdre trop de temps avec la politique, préfèrent faire, certain‑es de ces gens voudraient juste qu’on, les laissent faire sans les en empêcher … mais, petit écart de le mentionner, le libéralisme n’a plus la côte depuis plusieurs décennies, est devenu l’épouvantail de presque tous les partis politiques, surtout celui des parties autoritaires et son sens à été massacré par les partis se disant écologistes au point que ça n’a historiquement aucun sens.

Parler d’anthropocène, n’a pas de raison d’être découragé, si on le tient pour ce qu’il est, un terme évocateur, une image éclairante, une notion pertinente (conceptuellement, pas nécessairement géologiquement). Mais vouloir faire rentrer ce terme dans un cadre dans lequel il ne peut pas entrer et s’y prenant la tête à l’envers, ça n’a pas d’intérêt. Faire reconnaître l’anthropocène comme une ère géologique reconnue par les géologue, ne produira pas miraculeusement un miracle, personne ne changera de mode de vie soudainement pour cette raison, les politiques ne changeront pas leur priorité pour cette raison, les électeur‑rices, ne changeront pas leurs priorités non‑plus pour cette raison. C’est l’existence du terme lui‑même, qui est un marqueur, comme une chanson rêveuse d’anticipation engagée qui a marqué son époque (il y en a eu plusieurs, chacun‑e peut avoir les siennes, on peut penser à certains groupes cultes des années 1960 ou 1970, mais pas seulement). Il faut laisser le terme être ce qu’il est, le laisser communiquer ce qu’il communique, sans le forcer à être autre chose en espérant qu’ainsi il brillera plus dans la société. Il est révélateur de questionnements, de saisissement de conscience, mais rien de ça être imposées chez autrui en espérant profiter de la notoriété passée de la science, via le sous‑entendu « la science le dit, donc vous devez obéir à notre dogme » (cette phrase pourrait être délibérément interprétée de travers, de plusieurs manières, mais il y a des choses avec lesquelles on évite pas les sinueuses mauvaises intentions, en peu de mots), une technique déjà trop usée, et qui participe plus à discréditer les sciences (donner des exemples ferait trop sortir de ce sujet) qu’à faire avancer la société à propos d’urgences importantes.

Une dernière note : il n’est pas impossible qu’un marqueur de cette ère soit finalement trouvé, mais ça ne changera rien à l’intérêt des politiques pour les questions environnementales (excepté pour la communication), ni à leur importance dans le choix des électeur‑rices et c’est plus un problème de société qu’un problème de géologue (et malheureusement, la sociologie est une « science » ou science, très orientée idéologiquement, assez pour que ne pas adhérer à l’idéologie dominante de ce milieu, vous marginalise). Ça ne changerait rien non‑plus à des questions comme savoir si le marqueur désigne vraiment la cause des changements associés à une ère ou pas, mais ça, c’est moins grave, pourvu que la corrélation soit assez forte, univoque.

Citation


« Il y a un siècle, on croyait la nature si forte qu’elle pourrait s’accommoder de tous nos effets sur elle »
— Colin Waters, dans le documentaire mentionné plus loin

Note : c’est la traduction en français, la phrase d’origine en Anglais est inaudible, excepté sur ses derniers mots (“ … our impact on it ”), tellement la voix en français recouvre celle de celui qui parle.

Source(s)


Les points de départ proviennent d’un documentaire diffusé par ARTE, « Anthropocène, l’implacable enquête » (avant d’avoir fini de l’écouter entièrement), et des gens qui s’y expriment.

Des lectures semblant intéressantes pour situer la polémique :