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Des mythes archaïques pas si archaïques
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Administrateur
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  • Genre : Télétubbie
  • Messages : 17312
Lun 19 Sep 2011 18:45
Message Des mythes archaïques pas si archaïques
Je poste ce sujet dans Sciences Classiques plutôt que dans Histoire, parce qu'il a une importante composante épistémologique.

Source des citations de ce message : commentaires sur « Le Moulin d’Hamlet » — Un mythe d’origine des sciences (math.cnrs.fr). Par Bernard Teissier, directeur de recherches au CNRS, Institut mathématique de Jussieu.

Il commente un livre, Le Moulin d’Hamlet, qu’il a lu en 1970. Le livre étudie deux choses : les phénomènes de précession des deux équinoxes, dont il existe des signes que les anciens en avaient conscience, et le modèle irrationnel selon notre point de vue contemporain, que les anciens en ont fait.

La découverte que la position du soleil levant pendant l’équinoxe de printemps, s’éloignait progressivement de l’axe formé par la voie lacté, n’aurait pas passé inaperçu, car le phénomène s’est déroulé en 6500 ans, ce qui est beaucoup, mais peu pour l’histoire et la persistance du récit des traditions. En confrontant le récit des traditions et ce qu’ils voyaient, ils n'ont pas manqué de noter ce mouvement, et le notant, ils en ont créé un modèle à leur manière de l’époque.

La source a écrit : 
Une idée chère aux auteurs est que les capacités intellectuelles de l’homme n’ont pas évolué depuis des millénaires

Sans raisons de penser que les humains de notre époque sont plus intelligents que ceux des époques passées d’il y a quelque milliers d’années, ce ne serait pas par bêtise ou par incapacité qu’ils ont créé ce modèle, mais ils l’ont fait de la même manière que nous l’aurions fait nous même à notre époque sans la culture qui est la nôtre.

La source a écrit : 
j’ai réalisé à quel point les auteurs ont raison lorsqu’ils soulignent que nous ne pouvons pas nous mettre dans le cadre de réflexion des savants d’il y a 8000 ans. Nous avons beaucoup de mal à imaginer un monde intellectuel où le concept même de rationalité n’existe pas

Cette prudence s’applique d’ailleurs à toute l’étude de l’histoire en général, et même pour des périodes aussi proches que celle de la « révolution » française. Le réflexe de « comprendre » même l’histoire contemporaine des dans pays étrangers en utilisant les références culturelles de sa propre culture, est un piège cognitif du même type.

La source a écrit : 
Rétrospectivement le livre entier m’apparaît comme une intéressante tentative de reconstruction de la pensée de l’époque où la séparation entre science, mythes, et poésie n’existait pas ou presque pas.

Nos théories contemporaines sont cohérentes dans le cadre qui les a vu naitre. Il ne faut pas se contenter de ramener à nous les modèles du passé et les commenter tels‑quels, il faut aussi en reconstruite le cadre. Sans cela, on risque fort d’en raconter n’importe quoi.

La source a écrit : 
Dans sa préface au livre « The dance of the tiger » du paléontologue Bjorn Kurten, il soutient que dans certains cas il est préférable de présenter des scénarios vraisemblables (ici, sur la disparition de l’homme de Neandertal) dans des romans que dans des articles de revues scientifiques, pour ne pas figer comme vérité scientifique ce qui n’est qu’une reconstruction conforme aux données que l’on possède

Et voilà qu’on réalise que le monde contemporain connait une culture similaire avec la S.F. : à la fois prudente tout en étant au moins en partie fondée. A t-on des preuves que les anciens prenaient tous au pied de la lettre les histoires des mythes qu’ils écrivaient ?

Remarques

On peut aussi penser à certaines dimensions des religions ici. Je dis bien certaines dimensions, parce que les religions en ont plusieurs, et c’est encore plus vraie avec une en particulier, répétée prescriptive et qui fait parler beaucoup d’elle pour ça, tout en ayant une forte part mystiques. Ce rappel est un peu hors sujet, mais il est nécessaire pour comprendre qu’on ne peut pas ramener une religion à une seule dimension et que la remarque ci dessus ne vaut que pour une ou des dimension des religions.

On pourra aussi penser aux mythes « archaïques » que nous côtoyons encore (enfin, il faut voir pour combien de temps encore), comme ceux des Dogons, qu'il est bienvenu d’introduire ici, parce qu’ils ont beaucoup de mythes ou connaissances associés à l’astronomie, et ils en ont tellement, qu’ils ont eux‑mêmes donné naissance à plusieurs mythes… dans le monde occidentale contemporain ! (quand on parle de mythes)

Le commentaire de lecture de cette lecture de Bernard Teissier, parle lui‑même brièvement des Dogons.

La source a écrit : 
Une interprétation cognitive de certains objets mathématiques primitifs. Les progrès récents des neurosciences (voir [B1], [B2], [P]) permettent de commencer à comprendre les bases biologiques du rôle constitutif irréductible de l’espace et du temps dans notre représentation des phénomènes, sur lequel ont insisté entre autres Kant, Poincaré, Hermann Weyl, et bien sûr Enriques.

Conclusion : nous avons certainement nos propres biais archaïques, même maintenant.


Pas de commentaire sur ce qui suit et qui se suffit à lui‑même; ça laisse entrevoir que ce que l’on voit comme un processus archaïque, pouvait être un processus aussi ingénieux que les nôtres.
La source a écrit : 
Mais il ne faut jamais oublier que ces derniers espaces font appel à des concepts très abstraits comme la vitesse ; nous en avons bien sûr une perception directe, mais dériver l’espace par rapport au temps et faire du résultat une coordonnée d’espace est une construction conceptuelle qui a demandé des siècles d’élaboration.

Ne peut-on imaginer la construction d’un espace de configuration mythique ayant exactement la même fonction : nous permettre d’appliquer notre intuition primitive des relations humaines, de l’agriculture et de la technique (par exemple celle des moulins) à des phénomènes dont la complexité nous dépasse ?

Et si la construction de cet espace mythique ne satisfait pas nos critères de rationalité comme la mécanique, sans doute en satisfait-elle d’autres, également significatifs et intéressants pour ceux qui les appliquaient, mais aujourd'hui oubliés.



Maintenant, on ne pourra plus parler des cultures du passé comme de celles d’une Terre étrangère. Ou alors il faudra au moins envisager de se raviser ou de se pondérer quand on aura cette tentation.

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Hibou57

« La perversion de la cité commence par la fraude des mots » [Platon]
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